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  • François Bugel

LE LIEN (2)

Le confinement vous pèse ? L'isolement, le décor toujours semblable de votre studio ou de votre appartement ? Alors je vais vous raconter une belle histoire.


Imaginez un tout jeune homme, 17 ans à peine. L'âge où l'on est assoiffé de rencontres amicales, amoureuses, où le vaste monde aiguise l'appétit et fait naître des désirs d'ailleurs et d'aventure. Un jour, sans prévenir personne, il décide de quitter le lycée, sa famille. Il laisse pour tout message un papier où  il conseille à ses parents de ne pas dépenser inutilement de l'argent en recherche. Il prend quant à lui l'argent nécessaire pour son voyage, pas un centime de plus, et se dirige vers la montagne. Le fugueur arrive à l'objet de sa quête. Il s'installe dans un temple, se fait raser la tête, et jette les quelques pièces qui lui restaient dans l'eau du bassin -il ne touchera plus jamais l'argent.


Au bout de quelques mois de contemplation et d'extase, afin de ne pas être importuné par les curieux, il se réfugie dans un sanctuaire souterrain. Jour après jour, nuit après nuit, il reste les yeux fermés, absorbé, 6 mois durant, nourri par les membres du temple. Puis il s'installe dans une annexe, un petit temple qui lui est attribué. Le temps passe, les mois, les années, le jeune homme reste dans sa contemplation.


Peu à peu la renommée de cet ascète se répand, doucement, sûrement. Les gens viennent le voir, lui posent des questions, mais surtout se nourrissent de sa présence et de son silence : ce jeune homme devenu adulte ne prononce pas un mot. Quand les questions se font pressantes il écrit dans le sable sa réponse, qui touche le cœur de son interlocuteur. 11 ans durant pas un son ne sort de sa bouche. Quand sa mère, désespérée, finit par le retrouver, il garde le silence. Alors qu'elle éclate en sanglot à le voir ainsi, échevelé, mal lavé, les ongles longs, et impassible devant sa peine, il lui tourne le dos. Un fidèle, pris de pitié pour cette femme au cœur brisé, tend un papier à l'ingrat, qui écrit :" tout ce qui est destiné à ne pas se produire ne se produira pas, quel que soit votre effort. Tout ce qui est destiné à se produire se produira, quel que soit votre effort pour l'empêcher. C'est une chose certaine. La meilleure conduite à suivre est donc de rester tranquille." La femme, désespérée, retourne chez elle.


Les années suivantes il déménage de grotte en grotte, passant son temps en méditation, alors que sa renommée ne cesse de grandir, et que les foules se pressent à son chevet. A 28 ans, alors qu'un grand érudit vient le voir pour le supplier de l'éclairer, il rompt son silence et lui répond, en quelques phrases claires et concises. Saisi par la puissance de sa réponse, qu'il n'avait jamais trouvée dans les livres, l'érudit éprouve une joie extatique.


Désormais notre héros dispense des enseignements aux visiteurs qui souhaitent être éclairés.  Peu importe l'heure du jour ou de la nuit, la porte est constamment ouverte, à toutes et à tous. Chacun peut s'entretenir avec lui. Mais c'est sa présence silencieuse, qui transforme et apaise mieux encore que son verbe : les animaux eux-mêmes sont attirés par lui, car il possède le don de communiquer avec eux, et leur porte autant d'attention qu'aux êtres humains, ainsi qu'aux plantes. Oiseaux, vaches, paons, chiens, tous recherchent sa compagnie.


Sa mère revient à plusieurs reprises, malgré le lien familial coupé. Un jour elle tombe gravement malade. Il s'occupe alors d'elle avec beaucoup de soins, et lorsque son état empire, il compose un poème pour demander à la montagne sacrée de la sauver. Ce sera la seule fois où il priera pour influencer le cours des événements. Sa mère décide de s'installer auprès de lui, et devient sa disciple. Quand la dernière heure de sa mère est venue il veille à son chevet, nuit et jour, et lui permet d'accéder à la  Réalité suprême au moment de son trépas.


L'aura de notre héros dépasse maintenant les frontières, désormais des gens du monde entier viennent à sa rencontre. Jusqu'au soir de sa vie la foule ne cesse de grandir. Jusqu'au soir de sa vie il demeure dans la même montagne, au même lieu. Cet homme silencieux durant onze années, sédentaire, refusant toute richesse, a conquis le monde. Il s'appelait Ramana Maharshi, est mort en 1950, et son influence spirituelle a rayonné universellement. "La grâce est toujours là" disait-il.


"Il incarnait la perfection et portait à l'excellence tout ce qu'il faisait. L'observer dans la cuisine couper les légumes et préparer les repas était un enseignement en soi. Ceux qui vivaient en sa présence et partageaient son quotidien apprenaient par son exemple que porter la perfection dans chaque activité était une nécessité pour tout progrès spirituel."¹


Atteint d'un cancer il restait d'une " indifférence surhumaine vis-à-vis du corps et de la douleur. Les douleurs devaient être atroces, mais l'expression de son visage ne restait pas moins tranquille, son sourire pas moins bienveillant. Quand les fidèles, déconcertés, le prièrent de se guérir par sa propre volonté, il répondit : "Tout s'arrangera en temps voulu" et ajouta : "Qui est là pour le vouloir ?"²


Vous l'aurez compris, chères confinées et chers confinés, cette histoire exemplaire nous montre qu'il est possible d'accomplir un grand destin sans quitter sa demeure ! Bon courage à vous toutes et tous.


¹ L'enseignement de Ramana Maharshi, Albin Michel p 21

² Ibid, p 22




François BUGEL

Psychologue Champigny sur Marne

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