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  • François Bugel

LE LIEN (1)

Ce matin je discutais avec une amie, quand je me mis à penser à un patient qui avait terminé sa thérapie voici trois mois. J'aperçus son visage, comme un flash, et je me posais la question : "comment vit-il le confinement ?" En consultant mon portable une demi-heure plus tard, je vis qu'il m'avait écrit au moment précis où la pensée m'était venue.


Ce type de phénomènes, sur lesquels C. G. Jung se pencha, et qu'il nomma synchronicité, arrive lorsqu'un lien émotionnel est présent entre deux personnes. Il n'est pas interdit de penser cependant que, par-delà le lien affectif, la synchronicité est présente constamment avec l'ensemble des êtres, mais que nous ne nous en apercevons pas.


Nous sommes tous reliés ; pour comprendre cette réalité, nous pouvons nous imaginer semblables aux personnages de la tapisserie de Bayeux : nous nous percevons chacun comme une entité unique et indépendante (et il est vrai que chaque silhouette brodée nous en donne l'illusion), alors qu'en réalité nous ne sommes qu'une représentation, un jeu de couleurs sur une surface : si l'on va au-delà des apparences, chaque personnage est relié par la trame du tissus. En fait les personnages n'existent pas ; comme le disent les bouddhistes, notre perception d'un soi isolé, unique, est une illusion de l'esprit.


Proche ou lointaine, la présence de l'autre, de tous les autres, nous traverse. Qu'on s'en réjouisse ou qu'on le déplore, nous sommes intimement reliés, comme ces guerriers de Guillaume le Conquérant par l'étoffe. Le coronavirus, qui se joue des frontières administratives et des races, ne fait que révéler par sa pathologie une réalité que nous oublions. Moins dramatiquement - quoique- l'amour nous le rappelle également. L'absence de la personne chère à notre cœur prend une importance parfois plus tangible et obsédante que si elle était à nos côtés ; telle un membre fantôme elle se rappelle à nous par le manque.


En cette période de confinement, certains patients isolés me disent combien la présence d'autrui leur manque. Le confinement imposé à un milliard d'êtres humains va-t-il mettre en lumière ce lien, universel, mystérieux ? L'isolement nous révèle combien les liens quotidiens, banals, nous étaient précieux, combien nos frères humains sont une partie de notre existence. Accueillons ce manque dans notre cœur, contemplons-le, il est la porte, le lien.


François BUGEL Psychologue Champigny sur Marne 07 81 42 10 45

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